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Biographie

Laurent Peeters (°1987), issu d’une famille agricole de Vaudignies (Hainaut), et Elisabeth Vandenschrick (°1987), qui a grandi près de la ferme de son parrain dans le Condroz liégeois, se sont rencontrés durant leurs études à l’ISI, à Huy. 

 

En janvier 2016, ils reprennent une exploitation à Bende, sans lien familial, et y développent au fil des années un système diversifié : élevage, grandes cultures, pommes de terre et une vingtaine d’hectares de betteraves. Elisabeth, longtemps salariée dans une maison de semences, a rejoint la ferme à temps plein en mai 2025. 

 

Le couple a trois filles.

« À deux, nous avons construit notre ferme à notre image »

À Bende, dans le Condroz, Laurent Peeters et Elisabeth Vandenschrick ont fait le choix d’une agriculture diversifiée, à l’image de leur parcours. Ni l’un ni l’autre n’a grandi sur la ferme qu’ils exploitent aujourd’hui. Installés après avoir saisi l’opportunité de reprendre une exploitation de la région, ils ont progressivement construit un système mêlant élevage, grandes cultures et diversification. Betteraves, pommes de terre, céréales, pois, colza, lin, mais aussi Blanc-Bleu Belge et poulets : chez eux, la diversité est autant un choix économique qu’une manière de travailler. Rencontre avec un couple qui entend rester curieux, expérimenter et continuer à faire évoluer sa ferme.

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Une installation née d’une opportunité

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours agricole ?

Elisabeth : Nous avons tous les deux 39 ans. Je ne viens pas directement d’une ferme. Mon papa était agronome chez Hesbaye Frost, mais son frère, mon parrain, tient une ferme dans les Condroz liégeois à une centaine de mètres de chez mes parents. J’y ai passé beaucoup de temps, j’ai toujours aimé le milieu agricole. Laurent et moi nous sommes rencontrés durant nos études, à l’ISI à Huy.

 

Laurent : Moi, je viens de Vaudignies dans le Hainaut. Je viens d’une famille agricole : la ferme était celle de ma maman et mon frère l’a aujourd’hui reprise. Mon papa est vétérinaire et travaille également à la ferme. Même si nous n’habitions pas directement sur l’exploitation car mes grands-parents y habitaient toujours, j’y passais beaucoup de temps quand j’étais enfant. J’étais notamment souvent à la ferme le mercredi après-midi après le football, les week-ends et durant les vacances.

 

Elisabeth : Dès que nous nous sommes mis ensemble, je lui avais dit que je ne quitterais jamais le Condroz ! Lui voulait devenir agriculteur. Finalement, une opportunité s’est présentée ici, à Bende, après le décès malheureusement prématuré d’un jeune agriculteur. Nous avons visité la ferme et, parmi plusieurs candidats, nous avons été retenus.

Ce n’est donc pas une reprise familiale. Nous avons construit notre exploitation ici, à partir de cette opportunité.

 

Laurent : J’ai repris la ferme en janvier 2016 et je suis devenu agriculteur directement. Elisabeth a continué à travailler comme salariée pendant plusieurs années avant de rejoindre officiellement l’exploitation en mai 2025.

 

Une ferme à deux

Elisabeth, vous avez longtemps conservé une activité professionnelle à côté de la ferme. Comment avez-vous vécu cette double activité ?

Elisabeth : Depuis 2011, je travaillais pour une maison de semences. J’aimais beaucoup ce travail, mais avec nos trois enfants en bas âge, les activités de la ferme, etc., cela devenait compliqué de tout mener de front.

J’avais aussi envie de travailler davantage sur la ferme. J’aime être dehors, que les journées soient différentes et avoir quelque chose de concret à faire. J’ai donc quitté mon poste, tout en y restant ponctuellement active en tant qu’indépendante.

Cela me convient très bien. Cela me permet de garder quelque chose à moi, de continuer à rencontrer des agriculteurs et d’échanger avec eux. On revient souvent d’une visite avec une idée intéressante ou quelque chose que l’on n’aurait pas forcément imaginé nous-mêmes.

 

Laurent : C’est aussi une manière de rester ouvert sur ce qui se fait ailleurs. Même si Elisabeth reste dans le secteur agricole, elle voit d’autres exploitations, d’autres façons de travailler. Cela nous apporte beaucoup.

« On ne voudrait pas faire que des vaches ou que des pommes de terre. »

Elisabeth & Laurent

Votre exploitation est aujourd’hui particulièrement diversifiée.
Quelles sont vos principales productions ?

Elisabeth : Nous avons du Blanc-Bleu Belge et un poulailler. Côté cultures, nous avons du maïs, du froment, des pois, du colza, du lin, des betteraves et des pommes de terre. Nous venons d’ailleurs de construire un hangar de stockage pour ces dernières.

 

Laurent : Nous aimons vraiment ce côté diversifié. Nous ne voudrions pas faire uniquement des vaches ou uniquement des pommes de terre.

 

Elisabeth : C’est aussi une manière de sécuriser l’exploitation. Quand une production va moins bien, une autre peut compenser. Nous avons des cultures sous contrat et d’autres en libre. Parfois, cela fonctionne moins bien, parfois mieux, mais cela nous permet de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier.

 

Laurent : L’inconvénient, c’est qu’on ne peut pas se spécialiser à fond dans chaque production. Mais c’est notre vision de l’agriculture et c’est comme cela que nous aimons travailler.

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La betterave, une diversification dans la rotation

Quelle place occupe aujourd’hui la betterave dans votre exploitation ?

Elisabeth : Nous avons aujourd’hui environ 20 hectares de betteraves, dont une majorité livrée à la Raffinerie Tirlemontoise et le reste en Allemagne.

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Laurent : La betterave a été l’une des premières cultures que nous avons introduites pour diversifier notre rotation. Au départ, nous faisions surtout du maïs. Même si la betterave n’était pas forcément la culture la plus rentable, nous voulions essayer autre chose et tous les deux, nous aimons les cultures. Petit à petit, nous avons ajouté les pois, puis le lin, les pommes de terre et d’autres cultures. Nous avons toujours essayé de trouver de nouvelles possibilités.

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Elisabeth : Dans notre région, les terres sont assez particulières. Il y a beaucoup d’hétérogénéité et parfois de la roche. Nous devons donc composer avec les parcelles et aller chercher les bons morceaux. La rotation n’est pas toujours simple à construire de manière parfaitement mathématique.

« Nous essayons d’être les plus circulaires possible. »

Elisabeth & Laurent

Quelles pratiques mettez-vous en place pour améliorer la durabilité de l’exploitation ?

Laurent : Nous travaillons en non-labour et nous essayons vraiment d’améliorer nos sols avec la matière organique. Nous avons les fumiers et les fientes, et nous essayons de faire fonctionner au maximum le système en circuit.

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Elisabeth : Nous regardons beaucoup la vie du sol : les vers de terre, les organismes présents, la manière dont les matières se décomposent… Nous essayons d’avancer progressivement dans cette direction.

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Laurent : Nous essayons d’être les plus circulaires possible. Une partie de ce que nous produisons est valorisée sur la ferme. Nous mangeons également notre propre viande et nous faisons des colis que nous commercialisons environ 4 fois par an.

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Elisabeth : Pour nous, la durabilité doit aussi rester quelque chose de concret. Dans le choix des variétés, par exemple, nous recherchons à la fois le rendement et la résistance aux maladies. Si nous pouvons utiliser moins de produits phytosanitaires, c’est intéressant pour l’environnement mais aussi pour notre portefeuille.

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Une agriculture qui doit continuer à évoluer

Comment voyez-vous l’avenir de votre exploitation ?

Elisabeth : Je pense que celui qui reprend une ferme aujourd’hui et qui veut simplement faire exactement comme son grand-père ou son arrière-grand-père faisait va au casse-pipe… sauf si son grand-père était déjà précurseur !

Il faut avoir une vision très ouverte. Nous devons constamment nous remettre en question. Avec les sécheresses, par exemple, nous avons vu que certaines cultures fourragères ne s’en sortaient pas, alors que la luzerne résistait mieux. Nous l’avions retirée de notre rotation et nous nous disons aujourd’hui qu’il faudrait peut-être la réintroduire. L’avenir est très difficile à prédire, mais sur notre exploitation, on pense que la diversité nous aidera.

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Laurent : Il faut un peu de tout. Nous sommes encore motivés et nous avons encore plein d’idées. J’entends parfois des agriculteurs en fin de carrière dire qu’ils sont dégoûtés du métier. Nous, nous ne le sommes pas encore et j’espère que nous ne le serons jamais !

« Nous ne sommes pas contre le challenge, mais bien contre les choix imposés. »

Elisabeth & Laurent

La moitié de votre exploitation se trouve en zone de captage. Comment abordez-vous les nouvelles contraintes environnementales ?

Elisabeth : Une partie importante de notre ferme est effectivement en zone de captage et cela risque de nous imposer certaines évolutions. Si nous pouvions travailler sans produits phytosanitaires, nous serions évidemment contents.

Mais nous ne croyons pas vraiment au modèle biologique tel qu’il existe aujourd’hui. Le marché est saturé et nous avons des emprunts à rembourser.

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Laurent : Nous ne sommes pas contre le challenge. Ce qui nous dérange davantage, c’est qu’on nous impose une solution unique alors qu’il existe d’autres voies. Pourquoi ne pas davantage soutenir le machinisme, la robotique ou la recherche de nouvelles solutions techniques ? Nous sommes prêts à évoluer, mais il faut aussi que les solutions soient économiquement viables.

 

Vous êtes-vous déjà impliqués dans le syndicalisme agricole ?

Elisabeth : Nous avons des contacts avec le monde syndical et politique, mais nous n’avons pas l’intention de prendre nous-mêmes des responsabilités syndicales. Nous faisons confiance au syndicat betteravier pour défendre nos intérêts.Le système betteravier nous protège beaucoup. Il existe un syndicat structuré qui représente les planteurs et qui permet d’avoir une voix dans les négociations. Dans d’autres secteurs, notamment en pommes de terre, on voit à quel point il est difficile de défendre les producteurs lorsqu’il n’y a pas les mêmes structures.

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Laurent : Le prix des pommes de terre a pu être très bon, puis s’effondrer. On peut produire de la qualité, mais si le marché ne rémunère pas cette qualité, le producteur se retrouve sans véritable moyen de défense.

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Un métier qui reste une aventure à deux

Vous travaillez aujourd’hui tous les deux sur la ferme. Est-ce une force ?

Elisabeth : Oui, clairement. Nous avons, comme tout le monde, parfois des journées ingrates, évidemment. Mais nous avons aussi la chance de pouvoir organiser notre temps différemment.

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Laurent : Quand on est agriculteur, on sort assez vite de la semaine classique du lundi au vendredi. Notre dimanche peut être un mardi ou un jeudi. Les jours fériés, on ne les connaît pas vraiment !

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Elisabeth : Mais le fait d’être à deux sur l’exploitation nous permet, hors grosses saisons, une certaine flexibilité et facilité, que ce soit en termes d’organisation du travail ou lorsque l’un de nous deux doit s’absenter. Être à deux est également une force lorsque l’un d’entre nous a besoin d’une assistance rapide.

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Il faut toujours se remettre en question

Qu’est-ce qui vous rend fiers dans votre métier ?

Laurent : Je pense que c’est d’avoir réussi à construire cette ferme à notre image. Nous sommes arrivés ici sans que ce soit une exploitation familiale à reprendre, et nous avons progressivement développé notre propre système.

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Elisabeth : Et nous sommes encore motivés. Nous avons envie d’essayer, de tester de nouvelles choses, de continuer à apprendre.

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Laurent : L’agriculture va encore énormément changer. Il faut être capable de se remettre en question en permanence.

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Elisabeth : C’est probablement le plus important pour l’avenir : rester ouvert et ne jamais considérer que l’on a trouvé une fois pour toutes la bonne manière de faire. Nous sommes également fiers de voir nos trois filles prendre du plaisir et s’intéresser à nos activités, sans pour autant vouloir en faire des petites agricultrices, elles ont encore le temps ! Ce métier doit être intuitif, souhaité et pas mis entre les mains sans passion.

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Laurent : Nous ne savons pas où nous serons dans vingt ans. Mais aujourd’hui, nous sommes toujours à fond.

 

Elisabeth et Laurent : Et c’est déjà une bonne chose !

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