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Biographie

Alain est un agriculteur expérimenté ayant repris l’entreprise familiale de travaux agricoles des années 60. Il a une grande connaissance du secteur betteravier et a traversé les évolutions technologiques et climatiques au fil des décennies. Aujourd’hui, il travaille aux côtés de son fils Gaël, tout en restant un pilier de l’entreprise malgré la transition progressive de la gestion. Gaël, fils d’Alain, a grandi dans l’univers agricole. Depuis qu’il a repris l’entreprise avec son père, il a su s’adapter aux nouvelles exigences du métier, tant en matière de technologie que de gestion des relations avec les clients. Gaël est particulièrement attentif aux défis posés par le changement climatique et cherche constamment à améliorer les pratiques agricoles pour pérenniser l’entreprise familiale.

 

Guillaume Agneessens a pris la relève de l’entreprise fondée par ses parents, avec une vision tournée vers la modernisation et la spécialisation. En créant Agri Minon avec sa maman, il a su diversifier les activités de l’entreprise, allant de la prestation de services à la gestion complète de fermes. Passionné par les nouvelles technologies, Guillaume investit dans des équipements de pointe pour offrir à ses clients un service optimal tout en préparant l’avenir du secteur agricole.

Rencontre avec deux entrepreneurs agricoles : tradition familiale et innovation

Septembre 2024 - Dans cette édition, nous avons rencontré trois entrepreneurs passionnés du secteur agricole : Gaël et Alain, et Guillaume. Ils nous parlent des défis auxquels ils font face, de l’évolution de leurs entreprises et de leur engagement envers une agriculture durable. Découvrez leurs réflexions et leurs expériences sur la saison dernière et leurs perspectives pour l’avenir.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de l’histoire de votre entreprise ainsi que des principales services que vous proposez aux agriculteurs ?

Gaël : Je m’appelle Gaël, et je travaille avec mon père, Alain et mon oncle Thierry, dans notre entreprise familiale de travaux agricoles. Nous nous concentrons principalement sur les céréales, notamment la moisson, le semis, la pulvérisation, et bien sûr, l’arrachage des betteraves. Nous avons également une ferme avec des vaches, mais nous avons décidé de réduire cette activité pour nous consacrer davantage aux travaux agricoles. C’est une décision difficile, mais nécessaire. Récemment, nous avons travaillé 48 heures d’affilée sans dormir, ce qui montre bien la charge de travail que cela représente.

 

Alain : Pour ma part, j’ai grandi dans ce milieu, puisque mon père a commencé ces activités dans les années 60. À cette époque, c’était une autre manière de travailler. Je me souviens bien des premières machines et en 1972, nous avons commencé à arracher des betteraves. À l’époque, c’était un voisin qui faisait l’arrachage pour nous, mais j’ai rapidement pris la relève. Monter sur un tracteur sans traction à l’époque, c’était toute une aventure ! C’était aussi une période où le travail d’équipe avait encore un sens, contrairement à aujourd’hui où l’on travaille souvent seul dans les champs.

 

Guillaume : Moi, je suis Guillaume Agneessens, et je gère l’entreprise Agri Minon avec ma maman. Nous avons repris l’activité après que mes parents se soient séparés. L’entreprise a été créée en 1982, et depuis 2010, je travaille avec ma mère pour développer notre activité. En 2014, nous avons fondé Agri Minon pour nous spécialiser dans la gestion complète de fermes. Aujourd’hui, notre entreprise se divise en deux grandes activités : d’une part, la prestation de services à la demande, comme le semis et l’arrachage de betteraves, et d’autre part, la gestion complète des fermes, y compris la partie administrative. Nous sommes situés à Brainele-Château et couvrons un rayon de 40 km autour de notre base.

 

Gaël : En termes de services, nous couvrons un large éventail d’activités agricoles. Pour les betteraves, nous suivons une surface plus au moins constante chaque année. Nous sommes aussi très actifs dans les céréales, où nous faisons non seulement le semis, mais aussi la moisson pour de nombreux agriculteurs. Ces dernières années, avec les défis climatiques, la pression est encore plus forte pour tout gérer. Il nous arrive de commencer la moisson, puis de devoir arrêter à cause de la pluie, et de reprendre dès que le temps le permet. Cela demande une grande flexibilité. Guillaume : Nous aussi, nous proposons des prestations très diversifiées : semis, récolte de betteraves, de maïs (en ensilage ou en grain), récolte d’herbe en ensilage ou en ballot, et bien sûr, la pulvérisation. Nous travaillons aussi pour des clients bio avec des méthodes de désherbage mécanique, comme le binage des betteraves. Nous faisons même un peu d’élagage et de semis d’engrais verts. En hiver, nous faisons un peu de salage aussi, mais c’est assez marginal.

Comment fonctionne la coordination avec les sucreries et les agriculteurs pour l’arrachage des betteraves ?

Gaël : Nous recevons un planning de la sucrerie, ce qui est indispensable pour organiser notre travail. Ce sont souvent les mêmes clients chaque année, et on sait pour qui on doit arracher. Parfois, c’est le client qui nous appelle pour nous dire qu’il faut arracher à tel endroit, et d’autres fois, c’est nous qui prenons l’initiative. Le challenge, c’est de respecter ce planning tout en répondant aux attentes des clients. Par exemple, cette année, beaucoup d’agriculteurs ont voulu attendre le dernier moment pour arracher, parce que les teneurs de sucre étaient bas au début de la saison. Mais quand il y a six exploitations à arracher en même temps, il faut bien commencer par quelqu’un.

 

Alain : Le planning est crucial pour éviter le stress. Quand il fait beau, tout le monde veut arracher en même temps. Avoir des dates fixées par la sucrerie nous aide à gérer cette pression. Mais cette année a été particulièrement difficile à cause des conditions météorologiques. Il y avait des moments où les terres n’étaient tout simplement pas praticables. On a parfois dû faire l’arrachage en plusieurs fois sur certaines parcelles, ce qui complique encore plus les choses.

Guillaume : Pour notre part, la coordination avec la sucrerie se passe bien. Nous travaillons principalement avec Marc Gautier, qui est très à l’écoute. Quand on lui dit que les conditions ne sont pas bonnes, il nous fait confiance et ne nous oblige pas à faire des bêtises. Cette relation de confiance est essentielle pour éviter de faire des dégâts inutiles aux champs. Parfois, c’est nous qui proposons d’arracher une autre parcelle en fonction des conditions, et il nous laisse cette flexibilité. Ça se passe bien aussi avec les agronomes et les chauffeurs des avaleuses avec qui on est en contact régulier tout au long de la saison.

« Nous avons une relation de confiance avec l’agronome de la sucrerie, essentielle pour éviter de faire des dégâts inutiles aux champs. »

Guillaume

Quels défis avez-vous rencontrés au cours de la dernière campagne betteravière, notamment en termes de conditions météorologiques et de gestion des récoltes ?

Gaël : La dernière campagne a été l’une des plus difficiles que nous n’ayons jamais connue. Les conditions RENCONTRE météorologiques ont été particulièrement mauvaises, avec beaucoup de pluie après le 16 octobre. Cela a compliqué l’accès aux champs, et certaines terres étaient tout simplement impraticables. Nous avons dû reporter l’arrachage à plusieurs reprises et parfois faire l’arrachage en plusieurs étapes pour éviter de détruire les sols.

 

Alain : C’était une année vraiment bizarre. Nous avons dû travailler 48 heures d’affilée certains week-ends, ce qui n’est pas tenable sur la durée. Ensuite, il y avait des périodes de trois semaines sans travail, puis tout se précipitait en même temps. C’est difficile de gérer une entreprise comme ça. Nous ne pouvons pas nous permettre d’investir dans du matériel supplémentaire si cela n’est pas rentable.

 

Guillaume : Pour nous aussi, la dernière campagne a été très compliquée. Nous avons passé beaucoup de temps à visiter les champs à pied avant d’envoyer les machines pour vérifier si les conditions étaient acceptables. Les agriculteurs eux-mêmes n’étaient pas toujours sûrs de l’état de leurs parcelles. Nous avons dû former notre équipe à être plus autonome et à faire confiance à leur propre jugement. C’était un grand défi de maintenir le moral des troupes et de les motiver, surtout quand ils devaient travailler dans la boue et parfois sous la pluie. Malgré tout, nous avons réussi à éviter les gros dégâts, ce qui est déjà une victoire en soi. Je tiens à féliciter une fois de plus toute l’équipe pour leur souplesse.

Comment gérez-vous l’impact des changements climatiques sur vos activités et sur celles des a griculteurs avec lesquels vous travaillez ?

Gaël : On essaie d’être plus réactifs et d’anticiper autant que possible. Mais il y a des choses que l’on ne peut tout simplement pas contrôler. Si les clients ne veulent pas semer à cause des conditions, on ne peut rien y faire. Le matériel est de plus en plus gros, et les fermes ont de plus en plus d’hectares à travailler. Cela met encore plus de pression sur nous pour tout faire dans les temps.

 

Alain : Tout doit aller de plus en plus vite. Avant, quand on faisait du ballottage, on était contents de faire 3 ou 4 hectares par jour. Maintenant, on en fait 15 ou 20, et il faut encore aller plus vite. Mais la surface agricole diminue, donc on doit faire le même travail en beaucoup moins de temps.

Guillaume : Le changement climatique a un impact direct sur la qualité des sols. Avec des saisons de plus en plus extrêmes, soit très sèches, soit très humides, on se rend compte que beaucoup de sols sont en mauvais état. Le problème le plus courant, c’est la formation d’une semelle de labour, qui empêche l’eau de pénétrer en profondeur. Nous avons décidé d’arrêter presque complètement le labour pour préserver la structure du sol. Cela permet de garder un sol en meilleur état, ce qui est crucial pour faire face aux aléas climatiques. Nous investissons aussi dans des machines équipées de pneus basse pression pour mieux gérer la variabilité des sols et agrandir les fenêtres de travail.

« On essaie d’être plus réactifs et d’anticiper autant que possible. »

Gaël

Pouvez-vous nous parler de l’évolution des machines et des technologies que vous utilisez ? Quels sont les derniers investissements que vous avez faits dans ce domaine ?

Gaël : Les machines ont beaucoup évolué depuis que nous avons commencé. Nous avons commencé avec des machines très simples, mais maintenant, nous utilisons des intégrales pour l’arrachage des betteraves. Nous avons aussi investi dans un nouveau semoir, car les exigences en matière de précision sont de plus en plus élevées. Par exemple, pour le binage des betteraves, il faut être capable de travailler très près de la ligne, voire dans la ligne elle-même. Cela nécessite des machines de plus en plus sophistiquées.

 

Guillaume : De notre côté, nous investissons beaucoup dans la technologie pour améliorer les rendements. Par exemple, nous avons équipé nos machines de récolte de GPS et de capteurs de rendement, ce qui nous permet de produire des cartes de rendement. Ces cartes nous aident à identifier les zones moins productives dans les champs et à ajuster les apports en conséquence. Cela fait partie de notre approche pour rendre les parcelles aussi homogènes que possible. Nous avons aussi investi dans un nouveau semoir à betteraves de haute gamme, capable de faire du semis direct, ce qui n’est pas encore très répandu, mais que je pense être une voie d’avenir.

Comment voyez-vous l’avenir du secteur betteravier en Belgique, et quel rôle pensez-vous que les entrepreneurs y joueront ?

Gaël : Nous espérons que cela continuera, car c’est une part importante de notre travail. Mais tout dépend du prix du sucre et des décisions des sucreries. Si elles décident de fermer des usines, comme cela s’est passé en France, ce sera la fin de la betterave en Belgique. C’est une incertitude qui nous pèse beaucoup.

 

Alain : On a pensé à remplacer notre machine, mais quand on voit le prix d’une nouvelle, sans aucune assurance sur l’avenir, c’est trop risqué. Si on avait eu une année comme celle-ci avec des prix en-dessous de 30 euros la tonne, il n’y aurait pas eu de betteraves. Les agriculteurs continuent à cause du bon prix, mais cela pourrait changer du jour au lendemain.

Guillaume : Je pense que l’avenir du secteur betteravier dépendra du prix du sucre, mais aussi de la manière dont les entrepreneurs feront leur travail. Si les entrepreneurs réussissent à bien travailler, même dans des conditions difficiles, cela encouragera les agriculteurs à continuer de cultiver des betteraves. Le suivi de la culture est essentiel, et si cela se fait correctement, cela peut faire la différence entre continuer ou arrêter. Le rôle des entrepreneurs est donc crucial pour maintenir le secteur en vie.

 

Quels conseils donneriez-vous aux agriculteurs pour optimiser leur collaboration avec les entrepreneurs comme vous ? Gaël : Le plus important, c’est de d’être prévenu suffisamment tôt. Il y a encore trop de clients qui nous appellent le matin pour un travail l’après-midi. C’est compliqué à gérer, surtout quand on a déjà un planning chargé. Alain : Il y a aussi l’impact des conditions climatiques. On fait de notre mieux pour répondre aux besoins, mais on a nos limites. Parfois, il faut juste accepter que tout ne peut pas être fait immédiatement.

 

Guillaume : La confiance est essentielle. Si l’agriculteur a confiance en son entrepreneur, le travail se passera bien. Il est aussi crucial de prévenir le plus tôt possible pour permettre à l’entrepreneur de s’organiser. Nous passons beaucoup de temps au téléphone pour coordonner les travaux, et cela devient de plus en plus lourd à gérer. Nous avons récemment engagé une personne pour nous aider à gérer les plannings, ce qui devrait nous soulager un peu.

« On voudrait bien investir dans du nouveau matériel, mais sans garantie de le part des sucreries, c’est un risque énorme. »

Alain

Quelles innovations ou améliorations souhaiteriez-vous voir se développer dans le secteur des services agricoles pour mieux répondre aux besoins des agriculteurs ?

Guillaume : Ce dont nous avons besoin, c’est d’un centre de formation pour former des ouvriers ou des employés agricoles et leur transmettre la passion du métier. Le monde agricole souffre d’un manque de communication et de formation. Il y a beaucoup de petits garçons et de petites filles passionnés de tracteurs, mais il faut leur donner envie de continuer. Il y a aussi un manque de formation spécifique pour les chauffeurs agricoles. J’ai dû aller en France pour me former, car cela n’existe pas en Belgique. Une autre idée serait de développer la location de matériel plutôt que la prestation de services. Cela permettrait aux agriculteurs d’accéder à du matériel de pointe sans avoir à l’acheter. C’est un concept qui existe très peu en Belgique, mais Agri Minon travaille aussi pour des clients bio avec des méthodes de qui pourrait avoir du succès. désherbage mécanique.

 

Comment assurez-vous la rentabilité de votre entreprise tout en offrant des services compétitifs aux agriculteurs ?

Alain : Nous avons dû augmenter nos prix de service, ce qui n’est pas toujours bien accepté, mais c’est nécessaire. Les coûts augmentent partout, et les prix de nos produits n’augmentent pas au même rythme. En froment, par exemple, les prix stagnent depuis des années.

 

Gaël : Nous essayons de nous équiper avec du matériel adapté à nos besoins et répondant à la demande de nos clients, en neuf ou en occasion. Nous proposons aussi plus de travaux entre les saisons pour avoir du travail toute l’année.

 

Guillaume : Pour nous, la rentabilité passe par le gain de temps. Nous avons tout organisé pour que chaque tâche soit faite le plus rapidement possible. Nous investissons également beaucoup dans la formation de notre personnel pour éviter les erreurs et optimiser notre travail. Par exemple, nous faisons des formations plusieurs fois par an pour revoir les réglages des machines et les bonnes pratiques. Nous calculons aussi précisément les coûts fixes et variables de chaque machine pour savoir quand il est temps de renouveler le matériel. C’est un investissement, mais cela permet de réduire les temps d’arrêt pour les réparations et d’offrir un meilleur service à nos clients.

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