Communiqué de presse - Crise aiguë sur le marché européen du sucre : la CBB et SUBEL appellent à une action immédiate de l'UE
- Hendrik Vandamme

- 17 déc. 2025
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Alors que la campagne de transformation de la betterave sucrière entre dans sa période de pointe, la Confédération des betteraviers belges (CBB) et l’association des fabricants de sucre belges (SUBEL) alertent les autorités nationales et régionales, ainsi que les institutions européennes, sur la situation extrêmement préoccupante du marché du sucre. Cette seule année a vu la fermeture de cinq sucreries en Europe, tandis qu’une autre a indiqué qu’elle ne transformerait pas de betteraves sucrières lors de la prochaine campagne. Les prix moyens du sucre dans l’UE ont chuté de 38 % depuis leur pic de décembre 2023 et ont atteint des niveaux non viables tant pour les betteraviers que pour les fabricants de sucre.
Cette évolution s’inscrit dans le sillage de l’effondrement des prix mondiaux, dû à une production excessive au Brésil, en Inde et en Thaïlande, massivement écoulée sur le marché mondial, ainsi qu’à d’importantes positions nettes vendeuses des spéculateurs sur les marchés à terme, avec un impact négatif significatif sur les prix européens.
Des surfaces en baisse, mais des volumes qui restent élevés
Les surfaces de betteraves sucrières semées en Belgique et dans l’UE ont été réduites de près de 11 % pour l’année de commercialisation (AC) 2025/26. Grâce à de bonnes conditions climatiques et agronomiques et, par conséquent, à des rendements plus élevés, la production de sucre de l’UE ne devrait toutefois pas diminuer dans la même proportion. Les perspectives du marché du sucre de l’UE pour la AC 2025/26 sont préoccupantes, avec un risque de stocks de fin de campagne importants.
Des distorsions de marché liées aux importations et la menace du Mercosur
En outre, l’augmentation des importations via le régime de perfectionnement actif (Inward Processing Procedure – IPP) – qui contourne les partenaires préférentiels et les pays les moins avancés au profit du sucre brésilien à bas coût – perturbe le marché de l’Union, dans un contexte de prix mondiaux exceptionnellement bas et de production européenne de sucre plus élevée que prévu.
Les nouveaux contingents tarifaires d’importation (TRQ) en provenance d’Ukraine accentuent encore la pression sur le marché européen. À cela s’ajoute la menace que représente l’accord commercial envisagé entre l’Union européenne et les pays du Mercosur pour le secteur sucrier européen. En cas de ratification, cet accord pourrait ouvrir la voie à de nouveaux volumes d’importation de sucre en provenance de pays caractérisés par des coûts de production nettement plus faibles et des exigences environnementales et sociales moins contraignantes. Suite au vote au Parlement européen ce mardi sur la directive de sauvegarde proposé, applicable aux pays du Mercosur, la CBB et Subel soulignent que la directive ne saurait corriger les déséquilibres structurels profonds de l'accord, ni garantir une protection efficace du secteur sucrier.
Les mesures de sauvegarde proposées sont insuffisantes pour prévenir toute perturbation du marché, ne garantissent pas des conditions de concurrence équitables compte tenu des différences de normes de production, et n'offrent aucune garantie crédible aux betteraves et sucreries belges, déjà soumis à des contraintes réglementaires et économiques bien plus strictes.
Un tel accord risquerait de renforcer durablement les déséquilibres actuels du marché et de compromettre les efforts consentis par les betteraviers et les fabricants de sucre européens, à un moment où le secteur fait déjà face à une forte volatilité des prix et à une pression accrue sur les coûts. Pour la CBB et SUBEL, cette situation illustre une politique commerciale européenne qui ne tient pas suffisamment compte de la fragilité du secteur sucrier et qui tend à désavantager structurellement la production européenne.
Une demande urgente de mesures concrètes
Face à cette situation, le président de SUBEL, Guy Paternoster, et le président de la CBB, Hendrik Vandamme, demandent à la Commission européenne et aux autorités belges de tenir compte de ces préoccupations et de prendre d’urgence des mesures pour mettre fin à la situation commerciale chaotique et stabiliser le marché européen du sucre. Deux mesures devraient être prises sans délai :
la suspension immédiate des importations de sucre brut dans le cadre du régime IPP (déjà demandée, avec le sucre ACP et l’EFFAT, il y a quelques semaines) ; et
l’instauration d’un dialogue structuré avec la Commission européenne et les parties prenantes afin d’examiner comment la situation du marché du sucre pourrait être stabilisée, notamment en utilisant et en améliorant les outils prévus par le règlement OCM.
La CBB et SUBEL soulignent l’urgence pour les institutions de l’UE de soutenir la stabilisation du marché européen et à prendre des mesures visant à atténuer la forte volatilité actuelle et à éviter que le secteur ne traverse une nouvelle crise profonde, avec le risque indésirable d’atteindre un point de non-retour où des betteraviers belges pourraient quitter la culture en raison du manque de rentabilité. Sans un nombre suffisant de betteraviers et de betteraves sucrières cultivées en Belgique, c’est toute une industrie rurale qui risque de disparaître : fabricants de sucre, entrepreneurs spécialisés et en outre, les transporteurs perdraient également plusieurs mois de sécurité d'emploi.

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